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  ATELIER VIDEO : UNE BELLE REUSSITE !
Jacques Thibert, infirmier psychiatrique à l'hôpital du Vinatier et réalisateur de films institutionnels, formateur, et animateur d'ateliers vidéo sur le temps restant.
 

De l'usage de la vidéo à la création d'un atelier

Comment ça m'a pris ? Bizarrement. Je n'ai jamais été un passionné de photo, mais quand les caméscopes sont devenus accessibles au grand public, j'ai fais l'acquisition du matériel de base et très vite, j'en ai fait un usage professionnel. Comme j'intervenais à l'institut de formation du Centre hospitalier "Le Vinatier" pour initier les élèves infirmiers aux techniques d'entretien, j'ai utilisé ma caméra pour filmer des jeux de rôles, des mises en situation fictives qui me permettaient d'illustrer mon cours.

A la création du centre de jour de Villeurbanne, où j'ai travaillé à partir de 1986, nous avons réalisé, toujours avec mon propre matériel, une sorte de documentaire sur ce lieu de soins et ses activités .
Le quotidien, comme les événements extraordinaires étaient filmés.

L'objectif était simple : conserver une trace, garder en mémoire la mise en place d'un projet original.
L'idée de créer un atelier vidéo faisait son chemin.
Dans quels buts ?
A peu près les mêmes que pour les groupes que nous animions déjà : proposer des activités susceptibles d'intéresser, voire de passionner les patients. Avec ceci en plus : notre propre fascination pour un appareil magique qui semble, au premier abord, conserver le passé et restituer le réel.

De l'usage de la vidéo à la création d'un atelier

En fait, nous allions découvrir que cette fascination s'exerçait aussi sur les patients, et que ce support d'animation produisait des effets différents des autres groupes thérapeutiques.

La définition d'un cadre.

C'est par "tâtonnements" que j'ai évolué vers la forme de l'atelier tel que je le propose aujourd'hui. Au début, je demandais aux patients d'écrire de petites histoires, qui étaient jouées, puis filmées. Les productions n'étaient visualisées que par les membres du groupe. Sans entrer dans le détail des difficultés rencontrées, je peux dire que cette première mouture de l'atelier suscitait peu d'enthousiasme, et parce que les abandons étaient fréquents, j'ai fait varier quelques éléments du cadre jusqu'à ce que je puisse identifier une règle essentielle : plus le projet est ambitieux, plus les patients se mobilisent.

Voici donc les règles de base de l'atelier, tel qu'il fonctionne aujourd'hui :

- Le groupe de patients s'engage dans l'activité sur une durée d'un an. La clôture de cette session est concrétisée par la projection du film à un public plus large que celui du lieu de production, c'est-à-dire en l'occurrence du lieu de soins.
On peut d'ailleurs préciser que le public visé détermine beaucoup la forme et le contenu de l'ouvre, il est donc important de définir au préalable avec le groupe à qui on souhaite s'adresser (à noter qu'il existe des rencontres, des festivals du film en santé mental qui peuvent être l'occasion d'une de ces projection).
- La fréquence des séances est de 2 heures, ou une demi-journée par semaine. Dans la phase de tournage, en plus de ces rencontres régulières, il faut y ajouter des séances exceptionnelles imposées par le scénario (extérieur nuit, temps de pluie, et autres conditions dictées par l'histoire).
- Le groupe peut difficilement dépasser le nombre de 8 permanents. Ça n'empêche pas que plusieurs " intermittents " peuvent graviter autour de l'activité. Dans un lieu de soins, on peut mobiliser ponctuellement d'autres personnes pour la confection des costumes, faire appel à des figurants etc.
- L'écriture du scénario est collective : la consigne donnée au groupe est d'inventer une histoire, mais souvent, le synopsis se construit à partir d'éléments biographiques. Ces histoires personnelles s'entremêlent progressivement pour créer une véritable fiction.
Le groupe

Les objectifs de cet atelier vidéo :

L'atelier s'adresse, dans une large mesure, à des personnes souffrant de psychose.

Les objectifs sont simples, s'attaquer à deux symptômes majeurs de cette maladie : l'isolement et le "goût à rien".
Ce "désinvestissement du monde" si énigmatique et tenace ne résiste pas aux enjeux de ce projet collectif.

Mobilisation de toutes les énergies pour donner le meilleur de soi-même, satisfaction d'adresser un message à un public dit "normal", fierté de participer à une telle aventure et de la conduire à son terme sont les effets les plus perceptibles de cette activité.

Le projet de Vaugneray :

Le projet est né de plusieurs rencontres. La première, avec Patrick Viron, lors de la réalisation du film "La ligne 28", où j'avais pour tâche d'accompagner le groupe des personnes en soins qui ont "témoigné" dans ce documentaire. J'ai ensuite sollicité ce professionnel pour qu'il prenne en charge le montage des films de l'atelier vidéo du centre de jour.
Cette rencontre a été une chance pour moi, car elle m'a permis de prendre conscience que le langage audiovisuel n'était pas donné, et qu'une formation était nécessaire pour satisfaire l'exigence de qualité souhaitée par les patients. Ses nombreux conseils, des stages aussi, m'ont permis d'améliorer les aspects techniques de la réalisation. Par la suite, nous avons eu ensemble l'idée de proposer "ailleurs" ce type d'atelier.

La deuxième rencontre, avec Odile Collin, est celle qui a permis de réaliser ce projet à la clinique de Vaugneray. Elle-même animatrice d'un atelier théâtre, elle fut tout de suite enthousiasmée par l'idée de réaliser un film avec un groupe de patients.

La troisième rencontre, celle qui a permis de financer le film, donc sa réalisation, s'est faite à la clinique de Vaugneray avec un délégué médical en psychiatrie et deux responsables de la communication des laboratoires Lilly France, c'était en septembre 2001.

Enfin dernières rencontres, avec ce groupe de femmes en soins à la clinique...
Cette aventure s'est terminée un an plus tard lors de la projection du film aux rencontres nationales en santé mentale, à Paris, les 21 et 22 novembre 2002, où toute l'équipe a fait le voyage pour présenter le film.

Ce groupe de femmes s'est soudé très rapidement autour de l'écriture du scénario. J'ai conservé des dizaines de pages qu'elles ont rédigées, entre octobre et décembre 2001.
On se retrouvait dans une petite salle communale et à chaque séance on finissait par un goûter que chacune préparait à tour de rôle. Toutes ont participé à cette phase d'écriture, c'était, pour la plupart, comme je l'indiquais précédemment, un morceau de leur vie. Chose étonnante, dans chaque récit il y avait toujours une petite fille : Il s'agissait évidemment d'elles-mêmes, comme si ce film renvoyait à un recommencement possible.
Malgré la difficulté de mettre en scène des enfants et mes remarques à ce propos, j'ai fini par m'y résoudre et, par commodité, à faire jouer ma propre fille.

Dans un premier temps, il était difficile pour les participantes d'accepter que chacune de ces histoires personnelles se perde dans une fiction collective, néanmoins, comme ces narrations avaient toutes un élément commun (l'enfance), la construction d'une véritable et unique fiction allait de soi.

Signes perceptibles de motivation : l'assiduité et la ténacité.
Le tournage est un moment particulièrement stressant, surtout dans les lieux publics (la rue, les bars, etc. ). De plus, recommencer une scène 5, 7, voire 10 fois est un exercice relativement éprouvant pour les patients psychotiques.
Malgré tout, il n'y eut jamais d'absences, d'abandon ou même de découragement.


Mise à jour : 05/12/2008 | Qui sommes nous? | faire connaître Schiz'ose dire | ajouter aux favoris | mentions légales | plan du site | newsletter Lilly Institut