1) Une personne à
part entière
L'usager en santé mentale est une personne qui doit être
traitée avec le respect et la sollicitude dus à
la dignité de la personne humaine. C'est une personne qui
a le droit au respect de son intimité (effets personnels,
courrier, soins, toilette, espace personnel, etc.), de sa vie
privée, ainsi qu'à la confidentialité des
informations personnelles, médicales et sociales la concernant.
Le secret professionnel lui est garanti par des moyens mis en
oeuvre à cet effet. Tout ce que le malade a dit au psychiatre
et tout ce que celui-ci a remarqué pendant son examen ou
le traitement, doit être couvert par le secret, à
moins qu'il apparaisse nécessaire de rompre le secret pour
éviter des dommages graves au malade lui-même ou
à des tiers. Dans ce cas toutefois, le malade doit être
informé de la rupture du secret.
C'est une personne qui ne doit pas être infantilisée
ou considérée comme handicapée physique ou
mentale.
C'est une personne dont on doit respecter les croyances et qui
peut faire appel au ministre du culte de son choix.
2) Une personne qui souffre
L'usager en santé mentale est une personne qui ne se réduit
pas à une maladie, mais souffre d'une maladie. Cette maladie
n'est pas une maladie honteuse mais une maladie qui se soigne
et se vit. La prise en compte de la dimension douloureuse, physique
et psychologique des usagers en santé mentale doit être
une préoccupation constante de tous les intervenants.
Le psychiatre doit proposer aux usagers la meilleure thérapeutique
existant à sa connaissance. Les professionnels de santé
mentale doivent travailler en réseau afin d'échanger
les informations utiles concernant l'usager et d'optimiser ainsi
la prise en charge médicale et sociale. Sera notamment
assurée une bonne coordination psychiatre-médecin
généraliste (le lien psychiatre-médecin de
famille est en effet l'un des maillons essentiels d'une prise
en charge de qualité au plus près du lieu de vie
du patient). Ce nécessaire travail en réseau doit
être particulièrement vigilant au respect du secret
professionnel. Compte tenu des liens organiques entre sanitaire
et social dans le domaine de la santé mentale, les projets
élaborés au bénéfice des usagers ne
doivent pas pâtir de divisions artificielles des champs
d'intervention.
L'accessibilité aux soins doit être assurée
et l'usager doit être accueilli chaleureusement dans des
délais raisonnables et dans des locaux aménagés
pour son bien-être.
En cas d'hospitalisation, l'usager dispose de ses effets personnels
durant son séjour sauf si des raisons de sécurité
s'y opposent. Il doit lui être remis un livret d'accueil
exposant les informations pratiques concernant son séjour
et le lieu de son hospitalisation, et l'informant de ses droits
et de ses devoirs. Les communications téléphoniques,
les visites et les sorties dans l'enceinte de l'établissement
feront l'objet d'un contrat qui sera discuté régulièrement
entre le patient et le médecin, et devront se faire dans
le respect de l'intimité des autres patients.
Une attention particulière sera accordée à
l'organisation de soins de qualité lorsqu'ils sont nécessaires
après une hospitalisation.
3) Une personne informée
de façon adaptée, claire et loyale
L'usager a le droit au libre choix de son praticien et de son
établissement, principe fondamental dans notre législation
sanitaire de libre engagement réciproque dans une relation
contractuelle, hors le cas d'urgence et celui où le médecin
manquerait à ses devoirs d'humanité (article L.710.1
du Code de la santé publique et article 47 du Code de déontologie
médicale).
Il est informé de la fonction, de l'identité des
personnes intervenant auprès de lui, et de l'organisation
du dispositif de soins (structures du secteur et intersectorielles,
etc.).
Toute personne peut avoir accès aux informations contenues
dans ses dossiers médical et administratif, selon les modalités
définies par la loi. Le secret médical ne peut s'exercer
à l'égard du patient ; le médecin doit donner
une information simple, loyale, intelligible et accessible sur
l'état de santé, les soins proposés (notamment
sur les effets dits " secondaires " du traitement appliqué),
et sur les éventuelles alternatives thérapeutiques.
Hors situation d'urgence, tout usager peut estimer ne pas être
suffisamment informé, souhaiter un délai de réflexion
ou l'obtention d'un autre avis médical.
Préalablement à la recherche biomédicale,
son consentement libre, éclairé et exprès
doit être recueilli dans le strict respect de la loi. Les
patients donnent leur consentement préalable s'ils sont
amenés à faire l'objet d'actions de formation (initiale
et continue) du personnel soignant. Il ne peut être passé
outre à un refus du patient. Les mineurs sont informés
en fonction de leur âge et de leurs facultés de compréhension
dans la mesure du possible et indépendamment de l'indispensable
information de leurs représentants légaux. Avec
l'accord préalable du patient si son état de santé
le permet, et si possible en présence de celui-ci, les
proches doivent pouvoir disposer d'un temps suffisant pour avoir
un dialogue avec le médecin responsable et les soignants.
L'usager a la possibilité de rencontrer une assistante
sociale.
Si une hospitalisation s'avère nécessaire, les
patients reçoivent aussitôt une information claire
et adaptée sur les modalités de cette hospitalisation
et les voies de recours. Cette information qui risque d'être
mal comprise en raison de la gravité du tableau clinique
initial, sera reprise ultérieurement autant que nécessaire.
L'usager reçoit une information claire, compréhensible
et adaptée sur les conditions d'accueil et de séjour.
4) Une personne qui participe
activement aux décisions la concernant
La participation active de l'usager à toute décision
le concernant doit toujours être sollicitée en le
resituant au centre de la démarche de soins dans un processus
continu d'adhésion. Hors les cas d'hospitalisation sous
contrainte définis par la loi, un patient hospitalisé
peut, à tout moment, quitter l'établissement après
avoir été informé des risques possibles pour
son état et après avoir signé une décharge.
Aucune démarche ne doit être engagée et aucun
traitement ne doit être donné contre ou sans sa volonté,
à moins que, en raison de sa maladie mentale, il ne puisse
porter un jugement sur ce qui est son intérêt, ou
à moins que l'absence de traitement puisse avoir des conséquences
graves pour lui ou pour des tiers. Le patient ne peut être
retenu dans l'établissement, hormis les cas de la législation
où son état nécessite des soins sans son
consentement. Il doit alors être informé de sa situation
juridique et de ses droits. Compte tenu des enjeux liant (particulièrement
en santé mentale) efficacité et adhésion
au traitement, même dans ce cas où son état
nécessite des soins sans son consentement, sera néanmoins
toujours recherché le plus haut degré d'information
et de participation à tout ce qui le concerne dans ses
soins ou sa vie quotidienne.
Toutefois, la construction d'une véritable alliance thérapeutique
ne peut être confondue avec une simple transparence réciproque.
Dès que disparaissent les circonstances qui ont rendu nécessaire
l'hospitalisation de l'usager contre sa volonté, le psychiatre
doit interrompre les mesures appliquées contre cette volonté.
Le mineur ne pouvant prendre de décisions graves le concernant,
il revient aux détenteurs de l'autorité parentale
d'exprimer leur consentement. Toutefois, lorsque la santé
d'un mineur risque d'être compromise par le refus du représentant
légal ou l'impossibilité de recueillir le consentement
de celui-ci, le praticien peut saisir le Procureur de la République
afin de pouvoir donner les soins qui s'imposent. On sera néanmoins
attentif à ce que ces mesures ne puissent en aucun cas
être prolongées au-delà de ce qui est médicalement
indiqué. Si l'avis du mineur peut être recueilli,
le médecin doit en tenir compte dans toute la mesure du
possible. Le médecin doit tenir compte de l'avis de l'incapable
majeur et de ses représentants légaux.
5) Une personne responsable
qui peut s'estimer lésée
Indépendamment d'observations exprimées dans le
cadre de questionnaires évaluatifs de satisfaction (remis
avec le livret d'accueil à chaque patient), l'usager ou
ses ayants droit peuvent faire part directement au directeur de
l'établissement de leurs avis, de leurs voeux ou de leurs
doléances. S'ils souhaitent se plaindre d'un dysfonctionnement
ou s'ils estiment avoir subi un préjudice, ils peuvent
saisir le directeur de l'hôpital, les commissions départementales
des hospitalisations psychiatriques, les commissions locales de
conciliation chargées de les assister et de les orienter
en leur indiquant les voies de conciliation et de recours dont
ils disposent (dans des délais suffisamment rapides pour
ne pas les pénaliser).
6) Une personne dont l'environnement
socio-familial et professionnel est pris en compte
Les actions menées auprès des usagers veillent
à s'inscrire dans une politique visant à véhiculer
une image moins dévalorisante de la maladie mentale afin
de favoriser leur insertion en milieu socio-professionnel où
ils sont encore trop souvent victimes de discrimination. Les équipes
soignantes ont le souci tout au long du traitement, de mobiliser
le patient de façon positive autour de ses capacités,
connaissances, savoir-faire pour les exploiter afin qu'il puisse
se reconstruire, en favorisant une réinsertion sociale
par paliers.
Chaque étape sera discutée avec le patient, pour
respecter ainsi le rythme de chacun. Dans le strict respect de
l'accord du patient, la famille peut être associée
au projet thérapeutique, informée de la maladie
afin d'adopter l'attitude la plus juste et être soutenue
dans ses difficultés.
7) Une personne qui sort
de son isolement
Le patient doit recevoir une information sur les associations
d'usagers qu'il peut contacter, et qui ont pour fonction de créer
une chaîne de solidarité ; lieux d'information, d'écoute,
de rencontre, d'échange, de convivialité et de réconfort,
qui pourront l'aider à tisser des liens sociaux en bonne
coordination avec les professionnels des champs sanitaire et social.
8) Une personne citoyenne,
actrice à part entière de la politique de santé,
et dont la parole influence l'évolution des dispositifs
de soins et de prévention
La satisfaction de l'usager en santé mentale doit être
régulièrement évaluée par des enquêtes
portant notamment sur les conditions d'accueil et de séjour,
enquêtes qui servent de base à l'amélioration
de la qualité de l'information et des soins.
Dans le cadre d'un dialogue dont le développement s'avère
particulièrement fécond, les usagers apportent à
travers leur expérience, leur contribution à la
réflexion et aux décisions des instances concernant
la santé mentale, par leur participation active à
chacun des niveaux de leur élaboration :
- niveau local : conseil d'administration, commission de conciliation,
Clin, CDHP, groupes de travail (notamment ceux en lien avec la
démarche qualité et l'accréditation des établissements,
etc.),
- niveau régional (conférence régionale de
santé, Sross et carte sanitaire, groupes de travail mis
en place par l'ARH et la Drass, etc.),
- niveau national (conférence nationale de santé,
etc.).
Dans une démarche d'amélioration constante de la
qualité de l'information, de l'accueil, des soins et de
la prévention, les professionnels facilitent les conditions
de la mise en place de la représentation des usagers, en
soutenant leurs initiatives de création d'associations
qui leur permettent de sortir de leur isolement et d'exprimer
leurs besoins, avis et propositions aux personnels et aux décideurs
du système de santé.
Dans la marche vivifiante d'une véritable démocratie
sanitaire, les usagers en santé mentale apportent ainsi
par leur participation active et avertie, une contribution citoyenne
décisive pour une évolution positive à visage
humain des dispositifs de soins et de prévention de notre
pays.